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dimanche 19 février 2017

Le clash des comédies musicales: La la land vs Tous en scène

Je ne sais pas si c'est le besoin de printemps qui se fait sentir, l'envie profonde de légèreté et de bonne humeur, mais après une certaine période d'absence, on dirait bien que c'est le retour des comédies musicales. Généralement, quand on me dit "comédie musicale", je me fais pas trop prier, et là, je vous en met une bonne couche avec deux films qui semblent à des années-lumière l'un de l'autre a priori, mais qui, à mon avis, mérite vraiment qu'on en parlent ensemble, qu'on les compare, parce qu'ils abordent des thèmes assez similaires mais de manière différente: le dernier né d' Illumination Entertainment (mais si, vous savez, Moi moche et méchant, c'est eux!, avec le studioMac Guff, cocorico!), Tous en scène de Garth Jenning et celui qu'on ne présente plus La la land de Damien Chazelle. Et puis je me suis dit, tant qu'à les comparer, on va se faire une petite battle des familles. Comme d'hab, c'est MA battle: elle ne reflète que mes impressions à la vue de ces deux films. Mais  je dois avant tout dire une chose: je prends toujours un très grand plaisir à voir des films musicaux, alors j'espère que c'est pas juste pour le début d'année, et qu'on en aura plein d'autres par la suite, parce qu'il n'y a rien de mieux que de sortir d'une séance de cinéma en ayant envie de chanter.

1. Pourquoi j'y suis allée (en dehors de l'argument "comédie musicale" qui, clairement, fait la moitié du taf





Tous en scène
La la Land
Un film d’animation c’est déjà un bon point. Un film Illumination, c’en est un supplémentaire: j’aime leur humour, le parti-pris un peu fou-fou de leurs scénarii, et comme il va falloir attendre encore un peu de temps pour le nouveau Moi, moche et méchants (dont la bande-annonce me fait déjà tordre de rire), c’était une bonne façon de patienter.
Rajoutons à cela l’idée du télécrochet, et je n’avais vraiment pas besoin de plus pour y aller. J’avais déjà une jolie petite promesse: un bon petit film d’animation feel-good, un bon moment. Probablement pas plus, mais le truc idéal si on a pas envie de se prendre le chou. Et au moment où j’ai décidé d’aller le voir, c’est exactement ce qu’il me fallait.
Ben là, je dois dire que c’était bien plus compliqué.
Je me suis longtemps tatée avant d’y aller, parce que j’étais partagée entre 2 sentiments contractoires:
      Un a-priori, je dois l’avouer, plutôt négatif pour Damien Chazelle. Si vous avez lu ma chronique sur Whiplash, vous savez pourquoi: c’est ni plus ni moins qu’un des rares films pour lesquels j’ai ressenti une véritable aversion, en dépit de ses réelles qualités.
      Un très grand a-priori positif pour Emma Stone. J’adore cette fille. Je ne sais pas si ce sont ces yeux immenses, ce peps magique, ce côté “Girl next door” sans être banale, avec un supplément humour, cette voix joliment éraillée, mais elle me communique sympathie immédiate, même dans des films pour lesquels je n’en ai pas forcément beaucoup. Bref, je n’ai eu besoin que du clip de Will Butler pour savoir qu’elle serait parfaite dans une comédie musicale.
Ajoutez à cela tout ce qui a déjà été dit, généralement en bien, mais qui me donnait, suivant mon humeur, autant envie d’y courir que de le fuir, j’ai finalement opté pour le “je suis trop curieuse de savoir ce que ça donne, j’y vais”
Au mieux, je me réconciliais avec Damien Chazelle. Au pire, je voyais Emma Stone dans des jolies robes.

Verdict: D'un côté, l'assurance de passer un bon moment. De l'autre, le saut dans le vide: ou je suis surprise agréablement, ou je suis terriblement déçue. Entre le confort et l'audace, difficile de choisir, un point partout.



2. La scène d'ouverture




Tous en scène
La la Land
Une scène de théâtre. Une brebis majestueuse monte divinement un escalier de carton pâte et entonne (avec la voix de Jennifer Hudson) une merveille absolue: Golden slumbers des Beatles. Ca ne vaut évidemment pas la version originale qu’on trouve sur Abbey Road, mais chez moi, l’effet de surprise a été immédiat et lacrymal (oui, je crains du boudin). La caméra quitte la scène, embrasse la foule et vient doucement se focaliser sur un petit koala, qui, les yeux et la bouche grands ouverts, découvre son premier spectacle et par là-même sa vocation sur les genoux de son papa. C’est nostalgique, d’une simplicité confondante et c’est diablement émouvant.
Je suis dedans.
Ca a été déjà dit, et bien dit. La scène d’ouverture de La la land est incroyablement spectaculaire et donne vraiment envie de voir la suite. D’un côté une formidable scène de comédie musicale dans un bouchon à Los Angeles, pleine de peps, de zazz et shebam pow blop wizz! C’est entraînant, plutôt bien chorégraphié, joyeux et colorés. De l’autre, un défi technique brillamment relevé: un plan-séquence millimétré, flamboyant et virevoltant.
A couper le souffle et terriblement efficace.
Je suis dedans aussi.



Verdict: C'est très difficile de choisir, parce que dans les deux cas, ce sont deux superbes scènes. Tous en scène l'emporte de justesse, juste parce que Paulo Mc Cartney.



3. Les personnages


Tous en scène
La la Land
Comme souvent dans les films d’animation, surtout parce qu’ils sont si longs et chers à produire, y’a rien à jeter. Chaque personnage a sa fonction, et son vrai caractère.Le koala directeur de salle au bagou prononcé, escroc mais pas trop, l’ado éléphante à la voix d’or, maladivement timide, d’autant plus qu’elle a une pression familiale d’une lourdeur pachydermique, la jeune rebelle porc-epic qui a des peines de coeur, la truie mère au foyer qui rêve de s’échapper de son quotidien pas jouasse, son coéquipier diva teutonne du dancefloor, une souris crooner aussi pro que désagréable, un jeune gorille aux vocalises stupéfiantes dont le père gangster est bien décidé à le voir prendre part à ses activités criminelles.
Là où l’écriture des personnages est formidable, c’est qu’on arrive à nous les faire aimer tous, malgré leurs défauts, et peut-être même à cause d’eux, sans chercher à leur trouver des excuses. Buster Moon, le koala, peut se montrer tout à fait odieux avec les participants du concours de chant, il ment, il veut absolument transformer Ash la Porc-épic en ballerine, mais parce qu’il a un rêve qu’il a un rêve, la nostalgie d’un père qui s’est sacrifié, la volonté du  “Show must go on”, on ne peut s’empêcher de l’apprécier. Pire, Mike, la souris, a un melon pas possible, il ne pense qu’à lui, il est tricheur et de mauvaise foi, en fait et en y réfléchissant bien, il ferait même penser au Sébastien de La la Land. Mais je ne sais pas pourquoi, c’est peut être son humour dévastateur, sa malice et son ingéniosité à se sortir de tous les coups foireux, la satanée souris parvient quand même à nous mettre dans sa poche.
Ajoutez à cela de savoureux personnages secondaire comme Eddie, le mouton slacker richissime qui vit dans l’annexe de ses parents et passe ses journées sur sa console de jeu ou sa grand mère Nana, très collet-montée, et surtout, surtout, Miss Crawley (peut être un personnage de Downton Abbey qui aurait mal vieillit), un caméléon à l’oeil de verre vagabond qui est tout simplement la trouvaille comique du film: chacune de ses apparitions est hilarante. Pas étonnant que le réalisateur, Garth Jennings, se soit gardé le privilège d’en faire la voix!
Là, ça se gâte sévèrement.
J’ai été très déçue par l’écriture des deux personnages principaux, Sebastien et Mia. Je les ai trouvé terriblement creux.
Disons-le tout de suite, cela n’a rien à voir avec l’interprétation des comédiens: Ryan Gosling fait ce qu’il peut pour rendre charmant un personnage que je trouve personnellement insupportable de pédanterie et Emma Stone est une parfaite….. Emma Stone. Elle est fascinante à regarder, elle donne de véritables leçon de comédie (la scène de l’audition est une masterclass), elle est belle, elle est drôle (son lipsynch 80’s est presque aussi bedonnante que le mythique qu’elle a fait chez Jimmy Fallon), elle irradie tout sur son passage. Bref, elle est merveilleuse. Mais le problème est qu’elle n’est “que” Emma Stone.
On a l’impression que Damien Chazelle a écrit ce rôle qu’en fonction de son interprète, fasciné par la demoiselle, mais que du coup, il a complètement oublié de lui donner de la profondeur.
Des deux amoureux, on ne devine presque rien. En dehors de leur passion pour leur art, ils n’existent quasiment pas et ne semblent être plus des fonctions, des porteurs de messages que de réels personnages. Ils ne sont que deux egos uniquement focalisés sur la réalisation de leurs projets. La grosse dispute du film tourne d'ailleurs finalement à un affrontement autocentré au possible qui s'arrête à "t'es jaloux/se de ma carrière".
Je ne parle même pas des personnages secondaires. On arrive à faire de Johnny Legend (Johnny Legend, quoi, crotte!) un mec sirupeux en col roulé qui veut détruire le bon vieux jazz de papa. Quant aux autres, ils font juste partie du décor, ils n’existent pas plus que les fonds peints et le carton-pâte. Je trouve ça à la limite de l’affligeant. Je vois bien qu’il y a un discours sur l’artificialité d’Hollywood, mais je trouve que faire un film peuplé de figures vides n’est pas la meilleure façon de le montrer.
En oui, je vais encore enfourcher mon cheval de bataille favori, mais Damien Chazelle est sûrement un excellent réalisateur, mais il aurait beaucoup à gagner en faisant dégonfler son égo qui a l’air d’être aussi généreux que celui de son personnage masculin, et en se faisant aider par un véritable scénariste, qui lui apprenne ce que sont des personnages solides, et de véritables conflits.


Verdict:
Indéniablement, il y a plus de travail de psychologie et d'écriture dans n'importe quel personnage de Tous en Scène que dans l'ensemble de La La Land.


4. La musique


Tous en scène
La la Land
Hormis Golden Slumbers dont je vous rabattrai bien les oreilles, qui représente généralement la nostalgie de Buster Moon, on a droit, dans l'ensemble à un pot-pourri pop de bon aloi, allant d'Elton John à Taylor Swift en passant par Stevie Wonder. Bonne nouvelle: les comédiens doubleurs sont aussi les chanteurs, et si l'on savait que Reese Witherspoon et Scarlet Johanson ou la chanteuse Tori Kelly avaient un beau talent vocal, je ne m'attendais pas à ce que Taron Egerton (le jeune espion de Kingsman) me sorte un vibrato de malade en mode king kong. C'est bien foutu, ça convient parfaitement à chaque personnage, rien à dire
Là, je dois dire qu'il y a du level. Que Chazelle touchait sa bille en jazz, on le savait déjà. Mais la bande-son de Justin Hurwitz est tout bonnement parfaite.  
Les deux interprètes sont très bons, même s'il n'y a pas de prouesses vocales comparables à celles de Tous en scène. Mais l'ensemble est tout à fait merveilleux: c'est joyeux, bien écrit, ça donne envie de danser, c'est émouvant. Pour moi, c'est l'énorme point fort du film

Verdict: Sur ce point là, et si j'excepte les Beatles, je suis heureuse de donner l'avantage à La La Land.




5. Les références et la comparaison


Tous en scène
La la Land
Les références de Tous en scène sont nombreuses et très variées.
D’un côté, on a la référence contemporaine très proche de la jeune génération visée par le film: le concours de chant, qu’on voit et revoit à travers un nombre incroyable de show télévisés. On pourrait craindre que le film se base uniquement là-dessus, mais le scénario est assez bien fichu pour s’en acquitter très bien, et assez rapidement. C’est une formidable parodie de tout ce qu’il y a de plus cruel et de plus vil dans ce genre de show, mais aussi de tout le rêve que ça charrie: celui de passer du jour au lendemain de l’ombre à la lumière, et devenir en quelques notes de musique une star. Contrairement à son opposant, le film ne s’arrête pas à cela, et lorgne en fait du côté d’un genre qui a largement fait ses preuves dans les films dédiés au spectacle.
Le genre en question, c’est celui que je qualifierai “projet collectif”. Vous savez: un projet fou, qui semble irréalisable et qu’un groupe de personnes, mettant  en commun leurs talents, arrive à faire aboutir, ce qui apporte à chacun un accomplissement personnel. C’est la quête du Graal des chevaliers de la Table ronde, détruire l’anneau dans Le Seigneur des anneaux ou gagner un championnat de ballon prisonnier dans Dodgeball, ou, comme ici, monter un spectacle dans Les Muppets ou Full Monty. C’est un genre assez fréquent en animation, parce qu’il permet à chacun de pouvoir s’identifier à un des personnages et de transmettre la jolie morale qui consiste à dire que “l’Union fait la force”. Tous en scène, sans révolutionner le genre, répond à tous les critères qui en font un représentant tout à fait honorable.
Enfin, deci-delà, des références cinématographiques pour les cinéphiles, des films de gangster britanniques (paie-toi l’accent de la bande de gorilles) à la course de King Kong en  passant par l’anti-héros du film noir bien représenté par la souris saxophoniste, il y a des clins d’oeil souvent bien sentis et très amusants.
Les références majeures sont bien entendu, et c’est très appuyé, les comédies musicales hollywoodiennes et les films de Jacques Demy.
Aux premiers, il reprend les chorégraphies, les grandes scènes de studio, le peps, Hollywood bien entendu. Comme dans Chantons sous la pluie, avant de s’aimer, le couple se tire dans les pattes. Comme dans Une étoile est née, on assiste à l’irrésistible ascension d’une artiste. Il y a du technicolor qui pète, des figurants dont on ne sait pas comment ils sont arrivés là et qui se mettent à danser, y’a des couchers de soleil sur les collines de LA.
A Demy, il reprend les tenues colorées des jeunes femmes et le sourire nonchalant des jeunes hommes, le côté jazzy à la Legrand, mais aussi le sentiment de fatalité qu’on peut par exemple retrouver dans Les parapluies de Cherbourg.
Le souci, c’est que contrairement à Tous en scène, les références ne sont pas détournées par la parodie, et sont faites de manière tout à fait sérieuse. De fait, cela nous oblige à comparer La La Land avec les films desquels ils s’inspire. Et malheureusement, on ne peut pas dire qu’il tienne la distance. Si Emma Stone et Ryan Gosling sont charmants et bougent plutôt bien, ce ne sont pas des danseurs pro comme Fred Astaire et Ginger Rogers. Ce ne sont pas non plus des voix éblouissantes comme celles de Judy Garland ou de July Andrews.
Les tenues semblent anachroniques, ça sent un peu la naphtaline et quand cela essaie de devenir moderne (par exemple avec la scène avec incrust au planétarium que j’ai trouvée plutôt moche), ça ne fonctionne pas vraiment. J’ai tendance à penser la même chose que Keith, le personnage que joue Johnny Legend (un peu le “méchant” du film): à quoi bon vouloir refaire absolument ce que des génies avaient fait parfaitement auparavant, sachant que eux, le faisaient alors de manière innovante et mieux? La mort d’un genre ne se situe-t-elle pas justement dans ce figement muséal? Et si, au lieu de lancer un renouveau de la comédie musicale, La La Land en sonnait ainsi le glas? Je n’ai pas de réponse. Je ne fais que m’interroger. Mais c’est quand même dingue que Chazelle lui-même ait choisi de proposer un contre-argument total à son film au sein de celui-ci, comme pour contrer d’emblée les attaques qu’il savait qu’il pourrait recevoir…
Quand au fatalisme face aux Parapluies de Cherbourg, pour moi, la comparaison ne tient pas non plus une seconde. D’un côté, on a une tragédie. De l’autre, un dilemme mineur dont on a bien du mal à mesurer l’enjeu.

Verdict: Là encore, le point va à Tous en scène, parce qu'au lieu d'essayer de reproduire à l'identique et en moins bien les références dont il s'inspire, il essaie d'en faire quelque chose. Si ça n'est pas révolutionnaire, ça reste moderne.


6. Les enjeux


Tous en scène
La la Land
Là où le film est malin, c’est qu’avec une multiplicité de personnages, il y a multiplicité d’enjeux. Il y a un enjeu principal: réussir à monter un spectacle à partir des performances retenues par le concours, malgré des difficultés de plus en plus importantes. Pour Buster Moon, cela veut dire remettre en état un théâtre branlant et par là-même réussir à concrétiser le projet pour lequel son père s’est sacrifié. Pour Rosita, la mère au foyer à la famille très nombreuse, c’est retrouver son statut d’individu et de femme. Pour l’éléphante Meena, c’est combattre sa timidité maladive pour faire enfin entendre sa voix. Pour le gorille Johnny, c’est échapper au déterminisme social qui voudrait qu’il entre dans le gang de papa, quitte à s’attirer le rejet de ce dernier. Pour la souris Mike, c’est montrer à tous qu’il est définitivement le meilleur.
Et c’est cette multiplicité d’enjeux qui fait que la réussite du spectacle est si importante, parce qu’on tremble pour chacun des personnages en cas d’échec (à part Mike, peut-être).
Encore un gros problème au scénario pour moi. J’ai bien eu du mal à identifier les enjeux du film, et le tournant dramatique de la situation. Attention, SPOILERS
Résumons la situation. Les deux personnages ont un rêve. Pour Sébastien, c’est ouvrir un club de jazz mythique. Pour Mia, c’est devenir une actrice reconnue. Mais le couple se déchire parce que l’un des deux doit partir en tournée pour longtemps et que l’autre doit rester à Los Angeles pour présenter un spectacle. Voilà, c’est là que se trouve l’idée de la fatalité, de la tragédie: dans l’idée qu’ils vont devoir se séparer pour réaliser leur rêve. Pourquoi? Ben on sait pas trop, peut être parce que c’est trop compliqué. Mais bon, ils doivent se séparer pour voler de leurs propres ailes qu’on vous dit. Ok. Mais j’ai passé plus de 2h dans une salle pour ça? Pour une histoire d’amour qui part en couille à la première contrariété? Mouais, désolé, mais même moi, Miss Madeleine des salles obscures, j’ai besoin d’un peu plus pour m’émouvoir.

Verdict: Trop facile, Tous en scène.



7. La scène lacrymale

ALERTE SPOILERS

Tous en scène
La la Land
Un koala désabusé laveur de voiture mais à l’oreille aiguisée se laisse guider par la clameur d’une voix sublime chantant Hallelujah de Leonard Cohen dans les décombres d’un théâtre ruiné et y découvre une jeune éléphante qui y chante, un casque vissé sur les oreilles.
La scène signifie beaucoup de chose: la beauté comme seul espoir quand on a touché le fond, la voix si longtemps cachée qui s’exprime enfin, la renaissance et l’envie retrouvée dans la découverte de cette voix, les raisons pour lesquelles on a choisi le métier du spectacle. C’est joli et lacrymalement très efficace.
Ça m’énerve juste un peu que la chanson de Leonard Cohen soit utilisée à toutes les sauces dès qu’on veut transmettre une émotion forte.
La seule chanson en prise directe du film. Un duo au piano entre Mia et Sebastian où on touche enfin à une forme d’authenticité.
Une scène magnifique dont on ne sait pas si elle se joue entre deux acteurs ou deux personnages, mais où, pour une fois cette confusion est troublante et bienvenue.
Je suis contente d’avoir tout de même vu La La Land pour cette seule scène, simple mais véritablement émouvante.

Verdict: La La Land mérite ici amplement le point pour ce moment de grâce.



8. La vision de l'art


Tous en scène
La la Land
La morale de l’histoire, c’est “il faut croire en ses rêves”.
Mais le moyen d’y arriver est ici un moyen collectif. On est clairement dans un schéma où la réalisation des projets de tous, c’est l’accomplissement de chacun.
Comme très souvent dans les films destinés à un jeune public, on essaie de valoriser le “travailler ensemble”, l’action de chacun qui complète l’oeuvre commune et on n’avance pas “contre” ou “malgré les autres”, mais avec.
La morale de l’histoire, c’est “il faut croire en ses rêves.”
Mais le moyen d’y arriver est ici individuel. C’est déjà ce que je reprochais au terrifiant Whiplash. L’artiste est un être supérieur qui doit se détacher du groupe, des autres pour créer. Mia ne trouve sa voie que dans un one woman show, et quand on lui propose de faire un film sur son unique personnalité (ce qui ressemble beaucoup à une certaine comédie musicale). Sébastien s’étiole dès qu’il se retrouve en groupe et est contraint à accepter les pires humiliations.
La seule manière d’avancer est “contre” les autres. La seule façon d’atteindre son but est de se libérer de toute attache à l’autre.

Verdict: Je l'ai dit plusieurs fois sur ce blog, et je vais me répéter, mais j'ai un immense amour pour le cinéma parce que je le considère comme une oeuvre collective. Et j'ai toujours tendance à avoir un profond respect pour les gens qui le voient et le façonnent comme tel. C'est une vision tout à fait personnelle mais je ne suis plus une grande amatrice de l'image de l'artiste comme forcément solitaire et maudit, dont l'oeuvre serait donc plus forte et caractéristique parce que personnelle. Elle avait beaucoup d'attrait pour moi lorsque j'étais jeune, jusqu'à ce que je comprenne qu'un bon réalisateur ne suffisait pas à faire un bon film. Qu'il fallait qu'il soit également accompagné d'un ou de plusieurs bons scénaristes, d'un bon chef op, d'un bon monteur, d'une belle équipe technique et d'excellents acteurs. Je pense qu'il y a quelques décennies, j'aurais probablement été très séduite par les héros de La La Land et leur côté "artistes rebelles". Aujourd'hui, rien ne vaut pour moi l'énergie collective des héros de Tous en scène, leur joie, leur partage, leur réussite qui semble si modeste (pas d'argent, ni de gloire à la clé), mais qui rayonne sur chacun. Peut-être que je me fais vieille, ou peut-être que je me fais sage, mais je suis heureuse de me faire positive.


lundi 30 janvier 2017

Le ciné-club de Potzina de février: Histoire d'eau



C'est la fin du mois, il est donc temps pour moi de répertorier les articles des participants au ciné-club de Potzina du mois de février pour lequel j'avais choisi le thème "Histoire d'eau". Pour ceux qui ne le connaitraient pas encore, vous trouverez ici plus d'infos sur le ciné-club.

Ce mois-ci, plusieurs bloggueurs ont su répondre à l'appel et nous présenté des films très variés:

- Costumes de  films nous a proposé un immense classique, Titanic

- La chambre Rose et Noire nous a rafraichis la mémoire avec Niagara

- Mémoires de bison nous a proposé de se prendre un coup de chaud près de La Piscine

- J'ai choisi de vous mener en bateau avec Master and Commander

- Emily is away nous a emmenés sur une croisière meurtrière avec Mort sur le Nil

- Enfin, The Movie Freak, à qui je passe le relais pour le mois de mars, nous a fait faire l'école buissonnière près d'un étang avec La Clé des champs.

Je finis avec une petite sélection de film sur le sujet qui me plaisent: Abyss, de Cameron, Pirates, de Polanski, La vie Aquatique, de Wes Anderson, Le secret de Roan Inish, de John Sayles, A la poursuite d'octobre rouge, de John Mc Tiernan, Chantons sous la pluie de Stanley Donen, L'étrange créature du Lac Noir de Jack Arnold, Pluie tiède sous un pont rouge de Shoei Imamura, Naissance des Pieuvres de Céline Sciamma, Le monde de Nemo d'Andrew Stanton, Respiro d'Emmanuel Crialese ou encore la Terre tremble de Visconti

samedi 28 janvier 2017

Le ciné-club de Potzina: Master and Commander: Voyageurs aux longues courses-poursuites




Pour le ciné-club ce mois-ci, c'est moi qui invite! Alors je me suis choisi un thème qui me permettrait de parler d'un film sur lequel j'avais envie d'écrire depuis un bout de temps. Le thème, c'est "Histoire d'eau". Et le film, c'est le beau et trop peu célébré Master and Commander de Peter Weir.

Si vous ne connaissez pas le ciné-club de Potzina, je vous rappelle un peu le principe: à la base créée par la blogueuse Potzina, il a pour but de partager des chroniques ciné sur un thème donné chaque mois, et de découvrir ainsi un max de bons films. Tous les mois, un blogueur ciné participant propose un thème et répertorie tous les articles des bloggueurs participants. Pas de pression, aucune obligation de participer tous les mois, juste une envie de se stimuler les uns les autres. Si vous avez envie de participer, n'hésitez pas à nous retrouver sur notre page facebook, ou à m'envoyer votre article en commentaire de cet article.

Master and commander, c'est donc l'histoire de Jack Aubry (Russel Crowe), Lucky Jack pour les marins qui voient en lui le petit protégé de la déesse Fortuna. Il est capitaine de His Majesty's Ship Surprise, une sublime frégate, qu'il sait diriger comme personne. Comme un James Bond qui aurait troqué son Walther PP pour un canon et son martini pour une flasque de rhum, la couronne britannique lui a confié une mission: capturer ou détruire l'Acheron, un vaisseau corsaire français qui pille les Anglais pour le compte de Napoléon. Nous allons suivre sa traque au plus près de son équipage. Parmi celui-ci, un jeune mousse blessé, un vieux mystique, un "job" qui porte la guigne, de jeunes hommes en colère, et un médecin darwiniste, conseiller et ami de Jack Aubry.

Pourquoi faut-il voir ce film? Parce que mesdames et messieurs, ce n'est pas un, ce n'est pas deux, mais bien 3 films en un que je vous propose avec ce magnifique objet de 138 minutes de pur plaisir cinématographique!

1. Un film d'aventure passionnant
Oui, même un grand film d'aventure. Et des grands films du genre sur la mer, on en voit plus tant que ça.
Mais là, y'a tous les éléments dont on a besoin.


D'abord parce que bon sang, ça dépayse. Je sais pas vous, mais moi, des beaux bateaux, des beaux matelots, des beaux pano(ramiques), et je me sens tout de suite grisée. Le souffle épique de Master and commander est ultra contaminant. A la sortie du film, j'ai dû me refréner sévère pour ne pas foncer dans une agence de voyage et craquer mon compte en banque pour une croisière sans retour, ne pas donner hurler des commandements dans le tram, ne pas catapulter des boulettes de papier au bureau en beuglant "target locked/ armed/ fire!"
C'est le film que j'aurais aimé découvrir à 8 ans, celui que mes parents aurait alors maudit, parce que je l'aurais vu un nombre incalculable de fois, que j'aurais demandé un costume, que j'aurais adopté le catogan, et que nos vacances à la mer auraient été épuisantes.


Ça dure assez longtemps, mais on ne voit pas le temps passer. Tout y passe. Pour les amateurs, y'a un peu de catastrophe avec une scène de tempête ébouriffante, un peu de fantastique avec les histoires d'équipage maudit, de l'exploration aux Galapagos, des chansons de marin, de la chirurgie pas appétissante, et un héros qui lâche rien. En plus, c'est formidablement mis en scène par Peter Weir, un bien étrange réalisateur qui s'est attaqué à tous les styles et qui signe là son meilleur film depuis Picnic à Hanging Rock.

2. Un film d'action qui envoie du mat
Autant vous le dire tout de go: au niveau action, Master and commander, ça poutre sévère


D'abord, il y a la meilleure scène de bataille navale que j'ai jamais vue au cinéma. Et pour moi, au niveau "je saute sur mon siège d'excitation et j'ai la bouche grande ouverte et les yeux qui brillent", la bataille navale ça vient juste après une belle bagarre dans un Wu Xia Pian (et si tu me lis un peu, tu connais ma passion pour les coups de tatane au ralenti). En plus, il n'y a pas une, mais 2 scènes de batailles navales (perso, je préfère la deuxième, mais la première vaut aussi son pesant de rhum arrangé). Ces scènes sont parfaitement scénarisées, chorégraphiées, montées et valent à elles seules la vision de ce film.

Master and commander, c'est aussi l'histoire d'une course-poursuite en bateau. Elle a beau être plus lente qu'en bagnole, elle n'en est pas moins spectaculaire. Le véritable duel entre les deux capitaines du Surprise et de l'Acheron, est d'un suspens haletant. Comment retrouver la trace d'un bateau qui a pris le large et plusieurs jours d'avance? Comment l'aborder stratégiquement? Et surtout, comment obtenir la victoire quand on a face à soi un rival aussi retors que soi-même? C'est un vrai plaisir de voir ces deux maîtres jouer au jeu du chat et de la souris, endossant chacun leur tour le rôle du félin ou du rongeur.

3. Un beau roman d'amitié
"Pas une histoire d'amour-vacances... qui finit dans l'eauuuuuuu"
Ben ouais, j'ai beau être une fille, je suis toujours émue par les bromance et là, je dois dire que c'est une des plus belles que j'ai vue.
Parce qu'en dehors d'être un film foutrement enthousiasmant, Peter Weir se paye le luxe de jouer la carte de l'émotion en suivant une aventure humaine, celle d'un équipage qui doit vivre et travailler ensemble, malgré les avaries, malgré les injustices hiérarchiques, malgré la perte de confiance.


Et dans cet équipage, on se focalise particulièrement sur la relation entre Jack Aubrey, le capitaine et Stephen Maturin, le médecin. C'est une relation basée sur la confiance malgré les divergences d'idées, la reconnaissance mutuelle de deux esprits brillants et l'amour de la musique. Stephen est le grade-fou de Jack lorsque son obsession pour la chasse à l'Acheron menace la sécurité de l'équipage et Aubrey ramène souvent Jack à l'autorité qui pourrait également mettre tout le monde en danger si elle était remise en question. Chacun devient la voix de la raison de l'autre, l'un celle de la raison humaniste, l'autre celle de la raison pragmatique.
Il y aussi de beaux moment de courage, de dignité, de partage et d'héroïsme qui rendent ce film particulièrement attachant. Parce que bon sang, un vrai grand film d'aventure sans bons sentiments (et je n'utilise pas du tout ce terme de manière péjorative, bien au contraire), c'est comme une très belle coque sans voile, ça t'emporte pas.

lundi 16 janvier 2017

Love and friendship: caustique Austen



Grâce au site Cinétrafic, j'ai découvert en DVD le film Love and Friendship de Whit Stilmann, une adaptation du roman inachevé de Jane Austen, Lady Susan. Ayant lu et beaucoup aimé le livre, je me faisais une joie de voir ce film, et j'en ai été plutôt récompensée.

J'aime beaucoup Jane Austen, vraiment beaucoup. Dans l'imaginaire collectif, c'est surtout une romantique dans les 2 sens du terme, le sens littéraire et le sens "fleur bleue". Mais ce qu'on oublie très souvent chez Austen, et ce qui me la rend éminemment sympathique, ce qui fait que je prend autant de plaisir à lire ses romans, c'est que Jane Austen est une femme très très marrante. Pour moi, la qualité première de Jane Austen, c'est son humour. Et attention, pas un humour gentil à la chick lit genre "oulala, j'ai oublié de m'épiler pour mon premier rencard". Non, Jane Austen a un humour acerbe directement lié à son regard sur la société victorienne dans laquelle elle vit, un humour dévastateur qui dénonce nos travers, un humour pince-sans-rire (ou tongue-in-cheek outre-manche) qui a autant de classe que de force de frappe. Jane Austen, c'est les yeux de Molière et la bouche d'Oscar Wilde. Jane Austen, c'est une littérature qui cache sous ses falbalas des dagues bien affutées et qui se moque autant d'elle-même que des autres. Jane Austen, c'est tout ce que vous avez toujours voulu que l'humour anglais soit.



J'aime généralement bien les adaptations des romans de Jane Austen que j'ai pu voir (Raison et Sentiment, ou Orgueil et préjugés). Mais je restais toujours un peu sur ma faim, ne retrouvant pas dans ces beaux films la verve cinglante dont savait se parer l'auteur, ni son regard désopilant sur les bonnes mœurs de son époque. J'attendais toujours un peu plus de mordant. Whit Stilmann a heureusement exaucé mes vœux en s'attaquant à une des œuvres les moins connues de  l'auteur, Lady Susan, une œuvre épistolaire de jeunesse qui n'avait été publiée qu'assez tardivement. On pouvait le trouver chez Folio à 2 € il y a quelque temps, je ne sais pas s'il est toujours disponible.



Love and Friendship est donc l'histoire de Lady Susan Vernon (Kate Beckinsale), une veuve particulièrement joyeuse qui a bien mauvaise presse: certains la dise formidablement séductrice et perfide. Mais il faut la comprendre: la vie est très dure pour une aristocrate désargentée de la fin du XVIIIème siècle. Elle est obligée de vivre avec sa fille Frederica (Morfyyd Clark) au crochet des autres et ne se voit d'autre choix que de multiplier les intrigues pour parvenir à ses fins. Elle a dû quitter en catastrophe la résidence des Manwaring où sa relation avec Monsieur (Lochlan O Mearain) commençait à être un peu trop évidente à Madame (Sophie Radermacher), et trouve refuge chez le frère (Justin Edwards) de son défunt époux. Mais sa belle-sœur Catherine DeCourcy Vernon (Emma Greenwell) ne voit pas sa venue d'un très bon œil car elle comprend vite que Lady Susan a jeté son dévolu sur son jeune frère, Reginald DeCourcy (Xavier Samuel). Et la manière dont Lady Susan traite Frederica en essayant à tout prix de la caser avec un riche idiot, Sur James Martin (Tom Bennet, hilarant), ne la porte pas à l'accueillir à bras ouvert. Heureusement, Lady Susan peut compter sur l'amitié presque indéfectible d'une charmante américaine (Chloé Sevigny) qui a épousé un vieux grincheux (Stephen Fry).

Vraiment, j'ai été complètement séduite par Love and friendship que j'ai trouvé absolument délectable. Enfin, je retrouvais la Jane Austen que j'aimais. Enfin je retrouvais sa malice, ses clins d'œil, sa férocité charmante. Enfin je voyais transposée sur l'écran toute la dimension humoristique de l'auteur, et je me suis régalée. Ce film est un petit bijou de drôlerie. Notez bien qu'il n'est pas rigolo et qu'on ne se fend pas la poire comme des fous, mais on sourit. En tous cas moi, j'ai souri beaucoup. Et cet humour n'a d'égal que son intelligence. On prend un plaisir incroyable à voir cette sacrée Susan Vernon se démener dans de complexes intrigues pour tirer sa part du gâteau. Les autres femmes ne sont pas en reste, elles redoublent toutes de ruse pour obtenir satisfaction de ces messieurs. Et n'allez pas me dire que toute cette fourberie donne une mauvaise image de la femme. Whitman, comme Austen, sait tout à fait nous montrer combien ces machinations, ces manigances, ne sont rien moins que la seule manière de survivre des femmes dans une société qui occultent totalement leurs besoins personnels et financiers, qui sont perçues comme mineures et qui n'ont pas plus leur mot à dire sur leur situation maritale que la manière dont elle peuvent se comporter dans le monde. En cela, et malgré sa vacherie, on ne peut s'empêcher d'éprouver une véritable sympathie pour le personnage de Lady Susan, la même qu'on éprouve pour Maître Goupil lorsqu'il se joue de balourd de loup. Malgré sa duplicité, on a envie de la voir s'en sortir.



Mais là où Stillman s'en sort incroyablement bien, c'est qu'on éprouve une véritable sympathie pour pratiquement tous les personnages. Et il y a à cela deux raisons. D'abord, une galerie d'acteurs plus épatants les uns que les autres. En tête, Kate Beckinsale comme je ne l'avais jamais vue. Elle parvient à donner un corps tout à fait réaliste au personnage en prenant un plaisir évident à ce rôle fantasque, qu'elle traite cependant avec beaucoup de sérieux. Je n'ai jamais eu l'impression de la voir se regarder jouer. Elle est totalement sincère et je crois que cela joue beaucoup dans la richesse de son personnage. Elle n'est absolument jamais dans la caricature. A ses côtés, tous les autres acteurs s'en donnent à cœur joie, et travaillent de la même façon, sachant faire ressortir les dehors comiques de leurs personnages, en n'essayant pas de forcer le trait et en toute sincérité. Stephen Frears me semblait une véritable évidence, car qui mieux que lui incarne actuellement l'humour anglais dont Jane Austen était tellement pourvue. Mais j'ai adoré en particulier 3 prestations: celle d'Emma Greenwell dans le rôle de la nemesis de Lady Susan, qui va finir par utiliser les mêmes armes que sa rivale pour protéger les siens, celle de Chloé Sévigny, la confidente perfide mais brimée, et Tom Benett, le bêta terriblement attachant.



L'autre raison, c'est l'écriture subtile et délicieuse de Stillman et, bien évidemment, Austen. Une écriture ambitieuse aussi. Parce qu'elle demande une certaine exigence du spectateur, une attention vivace, très proche de celle d'un lecteur. Beaucoup d'informations sont données dans des dialogues superbement ciselés, il faut donc s'y attacher pour bien suivre l'intrigue. On peut ajouter à cela une mise en scène rigoureuse, une très belle image à laquelle la lumière extérieure irlandaise et les intérieurs à la bougie donnent une ambiance très intimiste, et une composition superbe de Benjamin Esdraffo à la bande son.  Mais surtout, Stillman, peut-être plus encore qu'Austen aime ses personnages. Bien évidemment, leurs actions sont loin d'être recommandables, ils ne sont pas tous bons ni agréables, mais ils sont magnifiquement humains. Parce que oui, comme chez Austen, l'Angleterre aristocrate de la fin du XVII est bien plus impitoyable que Dallas dans les années 80 ou On n'est pas couché dans notre ère. C'est vil, c'est moche, c'est faux, c'est jaloux et borné. Mais comme désigne le titre, il y a deux choses qui peuvent être sincères et qui sauvent de tout cela, que ressentent chacun des personnages malgré leurs défauts: l'amour et l'amitié. Et c'est ce qui rend ce film féroce si attachant.

Le dvd est édité par Blackout (qui a aussi une page Facebook) et est sorti le 2 novembre 2016.
Pour d'autres envies DVD, vous trouverez chez Cinetrafic
- le classement de leurs meilleurs films 2016
- et parce que y'a pas que la gaudrioles et la fantaisie d'Austen dans la vie, une liste de films d'amour tristes






vendredi 13 janvier 2017

Bilan 2016: mon top 10

Voilà, 2016 est passé, et une nouvelle année ciné commence. En 2016, j'ai vu assez peu de films, je dois dire, mais dans l'ensemble, je suis très heureuse de cette année. Je n'ai pas l'habitude de voir des films qui ne font pas envie, mais il m'arrivait régulièrement d'être déçue. Cela m'est arrivé un peu cette année (avec Captain Fantastic, notamment), mais rien qui ne m'ait rendu très très vénère comme j'ai pu l'être dans les années précédentes. 3 hypothèses: 1. Je suis sereine et apaisée, je ne me laisse plus atteindre par les scénaris paresseux et les mises en scène au marteau piqueurs 2. Je choisis mieux mes séances ciné 3. 2016 était une très bonne année cinématographique. Perso, je penche plutôt pour une des deux dernières. Bref, voici mes 10 films préférés de l'année:

10. Deadpool, Tim Miller
On commence avec la grosse rigolade de l'année, le comic comique qui donnerait la banane Bruce Wayne lui-même. C'est con, mais c'est drôle, c'est débile mais c'est quand même émouvant, c'est gavé de références et irrévérentieux. Dans une année aussi morose, on demandait pas plus.



9. Green Room, Jérémy Saulnier
Le film keupon de l'année, vibrant comme la gratte d'Yvy des Cramps, sec comme un coup de docs coquées et bondissant comme Iggy Pop. Un jeune groupe de punks se retrouve enfermé dans les loges d'une salle de concert tenu par un gang de skinheads pas franchement fun après avoir été témoins d'un meurtre. Ce film est comme la musique dont il s'inspire (très bien, d'ailleurs, la BO est formidable): c'est simple, mais bordel ça envoie de la buchette! A voir aussi pour un des meilleurs rôles du regretté Anton Yelchin.



8. Les 8 salopards, Quentin Tarantino
Parce que pour la première fois, je vois un film de Tarantino où je n'ai pas l'impression qu'il joue du second degré. Contrairement à d'autres qui l'ont trouvé très rigolo ou abject parce que prenant plaisir à une violence malsaine, j'ai moi trouvé qu'il n'avait jamais été aussi sérieux que dans ce film, et que loin d'être une gaudriole grand-guignolesque, les 8 salopards était une belle réflexion sur l'Amérique, la justice et la violence de celle-ci. Et ça m'a bien réconcilié avec le réalisateur.



7. D'une pierre, deux coups, Fejria Deliba
Choix on ne peut plus subjectif que ce joli film, d'une simplicité modeste, qui m'a émue aux larmes. Une famille franco-algérienne dont la matriarche (magnifique Milouda Chaqiq) va faire une fugue, pour des retrouvailles avec son passé. L'occasion pour ses enfants de se réunir autour de son absence.



6. Men and Chicken, Anders Thomas Jensen
Une comédie complètement tarée et bizarrement émouvante. Surprenant et revigorant comme un coup de poutre. Et vous n'avez jamais vu Mads Mikkelsen comme ça!



5. The Strangers, Na-Hong Jin
Il m'arrive de repenser à ce film, parfois, la nuit et je ne parviens plus à dormir. Une expérience réellement terrifiante, une mise en scène formidable. Des questions restent en suspens, mais ça ne rend le film que plus envoûtant.



4. Divines, Houda Benyamina
Vu à la bourre, mais grosse claque malgré le petit écran. Un film français ambitieux et à la hauteur de ces ambitions, la découverte d'une réalisatrice que j'ai vraiment envie de suivre. Une tragédie sèche et émouvante, teintées du fulgurance d'humour, et une très belle histoire d'amitié



3. Dernier train pour Busan, Yeon Sang-Ho
L'autre film coréen de mon palmarès et encore un film de genre qui va bien au-delà de son genre. Un film de zombie haletant, mais aussi un mélo déchirant et un charge politique bien sentie. A nous de vous faire préférer le train!



2. Carol, Todd Haynes
Un gros coup de cœur pour ce sublime mélo, somptueusement filmé et magnifiquement joué. Une très belle histoire d'amour qui m'a renversée et à laquelle je dois quelques moments d'émotion en public un peu gênant (comprenez continuer à pleurer à chaudes larmes APRES la séance...)



1. The Assassin, Hou Hsia Hsien
La merveille de l'année. Depuis que je l'ai vu, la silhouette sombre de Shu Qi avançant lentement avec détermination me hante. J'ai toujours pas entièrement saisi le film, mais je reste scotchée et je n'ai qu'une envie, le revoir.